L’étude internationale Interphone

Etude internationale épidémiologique de type cas–témoin sur les relations entre exposition au téléphone mobile et les tumeurs de la tête

Qui a entrepris cette étude ?

L’étude épidémiologique Interphone, dont l’objectif est d’étudier s’il existe une relation entre l’usage du téléphone mobile et les tumeurs de la tête, est coordonnée par l’unité de recherche sur les rayonnements (Docteur Elisabeth Cardis) du Centre International de Recherche sur les Cancers (CIRC).

Cette étude regroupe les données de treize pays : France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Danemark, Suède, Norvège, Finlande, Canada, Japon, Nouvelle-Zélande, Australie, Israël. Les équipes nationales ont participé à toutes les étapes de l’étude lors des réunions de discussion, au moins annuelles, et aux différents groupes de travail.

Quelles sont les tumeurs étudiées ?

Cette étude concerne les pathologies suivantes : gliome du cerveau (tumeur maligne cérébral), méningiome cérébral (tumeur bénigne), neurinome du nerf acoustique (tumeur bénigne) et tumeur de la parotide (tumeur salivaire maligne).

De quoi s’agit il ?

Il s’agit d’une étude épidémiologique de type cas-témoins. C’est-à-dire une étude qui vise à comparer une population de personnes atteintes de la (les) pathologie(s) étudiée(s) avec une population saine pour analyser si le facteur considéré (ici l’exposition au téléphone mobile) apparaît comme un facteur associé à la pathologie. Tous les pays suivent, à quelques variantes méthodologiques près, le même protocole et ont utilisé le même questionnaire.

Un cas est défini comme étant une personne pour lequel le diagnostic d’une des tumeurs définies ci-dessus a été porté récemment (deux mois pour les gliomes à six mois pour les neurinomes), âgée de 30 à 59 ans inclus et habitant une région des régions ou pays participants. Les cas ont été signalés, suivant les pays, par les registres des cancers ou les services hospitaliers. L’étude française a regroupé des données sur la Communauté Urbaine de Lyon, et sur l’Ile de France, soit au total : 96 cas de gliomes, 149 cas de méningiomes, 113 cas de neurinomes, 475 témoins.

A chaque cas sont appariées une ou plusieurs personnes non atteintes des pathologies étudiées. L’appariement est réalisé sur l’âge et le sexe. Suivant les pays, l’appariement est réalisé a priori de façon individuelle (pour un cas, on interroge un témoin sélectionné sur l’âge et le sexe). Pour d’autres pays, des pools de témoins ont été sélectionnés par tranche d’âge et sexe : avant l’analyse, le témoin le plus proche d’un cas (en âge et sexe) est sélectionné pour permettre l’analyse appariée. Les cas et les témoins sont interrogés par les mêmes enquêteurs à l’aide d’un questionnaire identique.

Tous les diagnostics ont été validés à partir des examens anatomo-pathologiques et/ou radiologiques. Les récidives sont exclues du champ de l’étude.

Qu’est ce qui est analysé dans cette étude ?

L’analyse permet de comparer l’usage du téléphone mobile chez les cas et chez les témoins, notamment en prenant en compte l’intensité de l’usage, la durée des appels, l’ancienneté de l’usage, l’utilisation de kits mains libres, et d’autres paramètres comme le fait de vivre en ville ou à la campagne, ou d’utiliser le téléphone en se déplaçant.

Des programmes de contrôle de données ont été élaborés pour assurer une homogénéité des données des différents pays.

Les analyses statistiques sont réalisées au niveau de chaque pays et après regroupement de toutes les données au niveau du CIRC.

Sur quels critères sont sélectionnés les cas et les témoins ?

La sélection des personnes dans l’étude se fait sur le fait d’être malade ou indemne de la maladie. La connaissance de l’usage du téléphone mobile n’est obtenue qu’au cours de l’entretien permettant le recueil des données.

Qu’est-ce que l’étude INTERPHONE apportera de plus que les études déjà publiées ?

Le risque recherché, s’il existe, est vraisemblablement relativement faible, et donc très difficile à mettre en évidence dans le cadre d’étude ne portant que sur quelques dizaines ou centaines de cas. L’étude Interphone en étudiant plusieurs milliers de cas (sauf pour les tumeurs de la Parotide qui sont des tumeurs très rares) aura une plus grande puissance statistique pour détecter un risque faible.

Parallèlement à l’étude principale, plusieurs autres études sont ou seront réalisées dans le but de valider la qualité de l’étude et d’améliorer l’évaluation de l’exposition aux radiofréquences émises par le téléphone mobile.

  • Etude de validation de la capacité des questionnaires à bien mesurer la consommation téléphonique,
  • Analyse des téléphones utilisés pour prendre en compte les caractéristiques pouvant faire varier l’exposition des sujets aux radiofréquences émises,
  • Localisation des tumeurs pour évaluer la dose effectivement reçue au niveau de la tumeur pour chaque individu,
  • Modélisation des données pour tenir compte des biais liés à la mesure de la consommation ou au taux de refus de participation,
  • Etude des champs électromagnétiques reçus par les sujets dans le cadre de leur travail.

Comment cette étude a-t-elle été financée ?

Les financements ont été obtenus auprès de

– l’Union Européenne

– l’Union Internationale de Recherche sur le Cancer (qui avait elle-même reçu a priori des fonds des constructeurs d’appareils sans que le CIRC n’ait de comptes à leur rendre).

Chaque équipe devait rechercher un complément de financement au niveau de son pays. Pour la France, le budget total de l’étude (sans compter le salaire du responsable du projet, chercheur à l’Université) était réparti entre essentiellement l’Union Européenne, l’Union Internationale Contre le Cancer, l’Association pour la Recherche sur le Cancer pour un montant de l’ordre de 120 000 Euros chacun, complété par les opérateurs téléphoniques pour un montant de 8 000 Euros chacun. Ces financements ont été gérés par l’Université.

Quand l’étude Interphone a-t-elle commencé ? Quand les résultats seront-ils publiés ?

Une étude de faisabilité réalisée en 1999 avait permis de tester la faisabilité de l’étude dans les divers pays sollicités et de valider le questionnaire. L’étude internationale elle-même, a commencé en 2000. Avant de faire le recueil de données, il a fallu que tous les pays travaillent sur un protocole commun, un questionnaire identique, qui soit ensuite traduit et validé dans toutes les langues des pays participants.

Le recueil des données a duré dans chaque pays de 2 à 4 ans.

Certains pays ont commencé et fini leur recueil de données plus tôt que les autres ; ce qui explique que les résultats de certains pays aient déjà été publiés. Les résultats globaux de l’étude internationale devraient être disponibles en 2008.

Pour en savoir plus :

Les résultats de l’étude qui ont déjà été publiés sont présentés sur le site du Centre International du Cancer